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LONGTEMPS, JE ME SUIS COUCHE DE BONNE HEURE


"La compagnie c'est des livres, vous voyez... (Cette phrase à moi me plait).
- Ils m'accompagnent partout, dans le métro, dans la rue, dans les cafés, j'ai toujours un livre au bureau, dès que mon chef s'absente, j'en profite. A l'école, je lisais des romans pendant les cours, je me mettais au fond de la classe, les professeurs ne voyaient rien.Les livres occupent une grand place dans ma vie, j'aimerais vivre dans une grande maison qui pourrait les accueillir tous. Ici je n'ai pas de place."
p. 257
J'aime cet extrait qui me ressemble tant. Les livres sont ma distraction, mon bâton de vieillesse, ma béquille spirituelle, mon évasion, mes amis, mes amours.
de Muriel Barbery.

et il y en a.... des MARIE !!!
Marie et Jean sont mariés depuis six ans. Un couple sans histoire apparente. Seulement quand on enlève la première couche trompeuse, on s'aperçoit que Jean a des maitresses (on ne le dit pas) et Marie fait avec jusqu'à la rencontre d'un bel inconnu qui s'interesse à elle et ses désirs se réveillent, l'envie d'aventure.
Elle arrive à faire semblant. Elle ne se sent ni heureuse, ni malheureuse, le personnage de Marie est parfois inquiétant. Elle se libère peu à peu car elle vit à une époque où les usages priment sur le bien etre. Un parcours de femme à découvrir avec la légereté du contexte.
c'est ce que j'ai ressenti. Une femme malheureuse depuis l'enfance avec la fuite de son père, le décès de son petit frère, sa mère dans l'attente d'un mari qui ne revient pas, l'homme qui partage sa vie à demi, sa propre fuite en Italie qui lui fera prendre conscience, de façon imagée, de sa solitude et de son manque d'attachement aux autres. Elle effleure, elle passe mais il y a un vide. Un vide que la musique et la villa Amalia, étrange et imparfaite mais dans un décor sublime, lui permettent de vivre avec des moments d'extase.
Extraits :
[...] C'était une femme singulière. Comme musicienne elle était connue sous le nom d'Ann Hidden. Elle avait été baptisée en Bretagne, dans la région catholique qui était celle de sa mère, sous le nom d'Eliane Hidelstein. Elle ne sortait jamais. Personne ne connaissait son visage - il est vrai que la musique contemporaine était si méprisée, au début d XXIe siècle, dans le monde entier, que tout ce qui composait de neuf sur terre était devenu à peu près sans visage. [...] C'était un caractère très étrange : extraordinairement passive. Presque contemplative. Mais cette apparence d'inertie contenait une activité propre. Elle était profondément calme, calme sans aucune sérénité, calme de façon inlassable, opiniâtre, à tout instant concentrée. Elle n'obéissait à personne mais commandait encore moins à qui que ce fût. Elle parlait peu. Elle menait une vie presque invisible, entourée de ses trois pianos, abritée par ses trois pianos, inamicale, presque reclue, laborieuse, parallèle.[...]
[..]Mais ce n'était plus un homme qu'elle aimait ainsi. C'était une maison qui l'appelait à la rejoindre. C'était une paroi de montagne où elle cherchait à s'accrocher. C'était un recoin d'herbes, de lumière, de lave, de feu interne, où elle désirait vivre. Quelque chose, aussi intense qu'immédiat, l'accueillait à chaque fois qu'elle arrivait sur le surplomb de lave. C'était comme un être indéfinissable, euphorisant, dont on ne sait par quel biais on se voit reconnue par lui, rassurée, comprise, entendue, appréciée, soutenue, aimée.
(merci à www.coxilanddu26.centerblog.net)
Pourquoi la cafetière ? Qui est-elle ?
Il s'agit bien d'Amélie, épouse du buraliste de Saint Florin, belle, superbe, une beauté charnelle à troubler plus d'un regard mâle. Justement, elle reçoit par courrier une lettre étrange elle qui ne reçoit que de la paperasse administrative, des factures, plutôt désolant. Elle lit
"Chère madame, vous excuserez la liberté que je prends, mais je vous propose la somme de de cent mille francs pour faire l'amour avec vous. Je sais très bien que vous trouverez ma démarche audacieuse et sans doute incongrue. Mais c'est ainsi. Ma proposition est faite. Je la maintiens. Acceptez mes salutations les plus amicales..."
Qui était le signataire ? Le connaissait-elle ? L'avait-elle déjà vu ?
Après hésitation, elle et lui finiront par se rencontrer. Sa proposition ne lui semble pas folle, on évalue bien les joueurs de football, les stars talent ou pas, les spécialistes en tous genres, plus ils sont célèbres plus ils sont chers, alors pourquoi ne mettrait-il pas un prix à cette femme en guise d'hommage ?
Une phrase de Schopenhauer l'obsède. Il dit que l'amour est fait de la souffrance du désir en attente et de l'ennui du désir assouvi, donc qu'il est l'image de la mort.
La suite est à découvrir.
J'ai trouvé ce roman chez un bouquiniste fin connaisseur en littérature française et étrangère, de plus la référence de La lectrice du même auteur m'a suffit.
Raymond Jean fut longtemps professeur à l'université d'Aix-en-Provence, écrivain il manie la plume avec virtuosité et allégresse.
Ce titre ne pouvait échapper à mon regard, la couverture du livre non plus . A 65 ans, je confirme que l'amour ne renonce jamais. Un amour vrai, digne de ce nom (rien à voir avec la sensiblerie), peut se taire, faire silence, patienter, ne rien demander et vivre généreusement au plus profond de l'être.
Auteur du livre : Jean-François Mattei. Oui, l'ex médecin de l'hôpital d'enfants de la Timone, l'ex Ministre de la santé jusqu'en 2002, l'actuel Président de la Croix Rouge française depuis 2004.
La partie du livre traitant de la Croix Rouge et du rôle que tient une infirmière (l'héroïne) auprès des soldats blessés m'a ému, pour son côté oh combien méritant de toutes ces femmes engagées, anonymes, entièrement dévouées, parfois jusqu'à mourir au combat.
"Marie, au lendemain de l'armistice , ne voulut pas, comme la plupart des 63000 femmes engagées dans les missions d'assistance aux blessés, changer de voie. Elle en avait trop vu pour regarder la paix en face et souvent elle disait : "Les hommes pensent qu'il faut préparer la guerre pour avoir la paix. Ce n'est pas le moment de baisser les bras".
Campagne de Macédoine. "Puis le vent devint une bise glaciale et le mercure se réfugia bas dans les thermomètres, à atteindre -10 degrés. L'eau gelait dans les brocs, il n'y avait pas de bois à consumer pour alimenter les poêles et l'on attendait le ravitaillement avec une impatience extrême. On privilégiait à l'hôpital de campagne les centres vitaux : salle d'opération et baraquements de malades; souvent, les infirmières dormaient dans des cellules pouilleuses et mal chauffées. Pourtant, comme si elle avait été taillée pour les situations d'urgence, Marie ne perdait jamais son sourire. Il n'était pas figé sur son visage par le froid et rayonnait indépendamment d'elle..."
E Venezia, E l'inverno. Décembre 2002. 40 ans et seule, son compagnon est parti. Que faire ? Où aller ? Où éponger son chagrin ? Elle vide son compte bancaire, une somme lui permettant de vivre deux mois en faisant très attention. D'abord le train direction le sud. Aix dans la tête, ce sera Venise l'arrivée. Il fait froid. Qu'importe son âme aussi est froide.
Le lecteur va commencer avec elle sa vie vénitienne dans les brumes. Nous allons prendre plusieurs fois le vaporetto, suivre les ruelles et venelles, marcher et nous perdre en faisant connaissance. Un vieux prince russe, dans son fauteuil roulant, l'emmènera dans son histoire, son passé et un amour pathétique. Un libraire fou de mots et grand connaisseur d'ouvrages littéraires. De Venise aussi, il sera sa boussole. Comme on offre des bonbons à un enfant pour le consoler, il la comblera de livres à découvrir : Duras, et surtout Music à Dachau ce que le peintre Zoran Music a vécu est écrit sur ces pages "Ce que l'on garde en tête est le seul bien que la barbarie ne puisse vous ôter".
Et aussi il y a Carla, une danseuse prisonnière de son art, des heures passées à tendre les jambes, faire le grand écart parce qu'elle aime la scène mais aussi son Valentino !
Toutes ces rencontres vont remplir ses journées, la faire sortir d'elle-même et déguster en compagnie du Prince des mets fins et du bon vin. Il lui apprendra à apprécier le liquide en bouche, à le sentir, à profiter de ses arômes et non pas l'avaler à longs traits.
C'est une solitaire d'ailleurs elle a une manie : tous les 23 du mois elle choisit un photomaton, s'installe, attend le flash blanc de la lumière, sans sourire, et colle ses photos dans un cahier, neuf par page, avec les dates et les lieux inscrits, et ceci depuis vingt ans !
Tout a une fin. Comme l'amour. Un leurre. Des tas de souvenirs. Moi aussi, je connais mieux Venise maintenant. Merci Claude Gallay.
Ce bleu laissant deviner l'ombre de ce corps de femme... magnifique. L'écriture de Jeanne Benameur prend sa source dans l'amour des mots à ce point qu'elle a communiqué son message dans Les demeurées (Folio, 2002). Elle aime les mots et les gens.
Laver les ombres. Nous avons tous des ombres dans nos vies, des ombres de jeunesse ou de maturité. Léa, a trente-huit ans, artiste chorégraphe, amoureuse de Bruno artiste peintre. Deux sensiblités, l'une en mouvement, l'autre immobile. Elle pourrait être heureuse mais elle ne l'est pas. A l'intérieur d'elle il y a la peur. Une peur venue de loin, de l'enfance.
Ainsi va naître le livre, la confidence, le duo mère et fille. La mère raconte. Romilda, l'italienne, dont les mots tintent comme des notes de musique qui bercent Léa. Il y a entre elles une force liante de corps à corps, de bouche à oreille. Romilda va révéler à sa fille ce qu'elle lui a toujours caché. Sa rencontre avec Jean-Baptiste, le père de Léa, le français ensorceleur. Car il s'agit bien de sorcellerie. A lui elle donnera ses seize ans, sa pureté, son insouciance en ce temps précaire des années 40. "Elle boit ce que lui dit de boire l'homme qu'elle aime. C'est lui qui dirige sa vie dans cette maison. Il lui apprend les bonnes manières". Sauf que les bonnes manières ne sont qu'apparence et qu'il la conduira à offrir son corps à d'autres corps étrangers, pendant deux ans, sans relâche. "On frappe à la porte. C'est la règle. De sa voix claire, chantante en français comme on le lui a appris elle dit 'Entrez". Un seul homme a le droit d'entrer sans frapper, elle sait que c'est LUI, Jean-Baptiste. Son amour n'est plus qu'un rêve, elle apprend à le haïr.
Naples 1942, Romilda n'est plus personne. "Tatouée à l'intérieur, elle est l'envers du monde".
Romilda ne retournera plus en Italie. Léa, sa fille, son amie, sa confidente. "Lea entend et les paroles de sa mère résonnent tout au fond d'elle." Dorénavant un autre fil va les lier, sous forme de mots lâchés à mi-voix, telle une confession, un soulagement pour l'une, un poids pour l'autre. Il faudra bien que Léa reparte mais elle emportera ce témoignage dans son être le plus profond.
Jeanne Benameur. Les phrases mises en italique sont tirées textuellemet du livre.


