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Le fil tendu entre les Twin Towers à New-York ? A 400 mètres de hauteur ? Le funambule tient son public curieux en haleine, les uns croient à une illusion d'optique, les autres à un pari, tout le monde a peur. Mais au sol, que se passe-t-il ? N'est-ce pas aussi dangereux et périlleux ?
Colum McCann nous montre des parcelles de vie, de lieux, chapitre par chapitre puis les rassemble pour former un petit monde très mouvementé dans ce vaste monde. Une maitrise de l'écriture extraordinaire, beaucoup d'émotion et de sensibilité, l'auteur nous emmène très haut pour notre grand plaisir.
Pas à pas nous essayons tous de rester sur le fil de la vie depuis notre naissance jusqu'à la fin. Parfois on s'y sent plutôt mal à l'aise , on peut glisser mais pas chuter car (citation du livre p. 207) "Personne ne tombe jamais à moitié".
Bravo pour la traduction de l'anglais (Irlande) en français par Jean-Luc Piningre.
Définition : opposition de deux choses dont l'une fait ressortir l'autre. Le Robert
LONGTEMPS, JE ME SUIS COUCHE DE BONNE HEURE


"La compagnie c'est des livres, vous voyez... (Cette phrase à moi me plait).
- Ils m'accompagnent partout, dans le métro, dans la rue, dans les cafés, j'ai toujours un livre au bureau, dès que mon chef s'absente, j'en profite. A l'école, je lisais des romans pendant les cours, je me mettais au fond de la classe, les professeurs ne voyaient rien.Les livres occupent une grand place dans ma vie, j'aimerais vivre dans une grande maison qui pourrait les accueillir tous. Ici je n'ai pas de place."
p. 257
J'aime cet extrait qui me ressemble tant. Les livres sont ma distraction, mon bâton de vieillesse, ma béquille spirituelle, mon évasion, mes amis, mes amours.
de Muriel Barbery.
de Duong Thu Huong, paru en 2005, traduit du vietnamien par Phan Huy Duong.
Miên est une jeune femme attirante, mariée il y a quatorze ans à Bôn, incorporé dans l'armée et déclaré mort comme héros cinq ans après son incorporation. Deux ans plus tard elle épouse un riche propriétaire terrien, Hoan de qui elle va avoir un enfant. Voilà la situation dans son ensemble.
Commence, peut-on dire la tragédie, lorsque Miên de retour chez elle, trouve une foule bourdonnante comme un nid d'abeilles devant la maison.
"Miên, c'est moi, je suis revenu..." "C'est moi je suis Bôn..."
Le premier mari est là, tout près d'elle. L'âme errante qu'elle honore sur l'autel depuis si longtemps s'est soudain réincarné dans un corps à l'aspect cadavérique. Miên comprend que cet homme revenant de la guerre bénéficie d'une reconnaissance toute spéciale, mérite des soins particuliers, et a soif de vie douce. Les jeunes filles étaient encouragées à épouser les mutilés de guerre contre les français. Une sorte de dédommagement du pays pour lequel ils avaient tant donné. Miên pense donc que son devoir est de retourner vivre avec Bôn, par chance il a encore bras et jambes ! Hélas ses sentiments sont bien enterrés. Pour Bôn, bien au contraire, ses rêves qui l'ont gardé en vie vont pense-t-il se réaliser, ses désirs à demi-éteints ne demandent qu'à reprendre flamme maintenant qu'il a retrouvé sa femme tant aimée.
"Sans la guerre, nous aurions continué de vivre ensemble. Notre amour serait aussi intense, encore plus intense qu'autrefois... Maintenant, il faut du temps pour le restaurer."
Hoan apprend la terrible nouvelle en posant le pied sur la passerelle. Comment va-t-il réagir ?
L'amour de chacun des personnages va les pousser à se donner totalement par la résignation, en passant par la souffrance pour l'aimé(e). Un triangle tragique, poignant amenant parfois le lecteur à l'angoisse. La narration est talentueuse, soignée à l'extrême dans les moindres détails de la vie et des coutumes locales.
Connaissant le Vietnam de maintenant, j'ai retrouvé dans ce roman de l'après-guerre bien des choses connues, des paysages, des plats cuisinés, des remèdes à base de plantes dont j'ai entendu parler, et l'âme vietnamienne douce et romantique. TERRE DES OUBLIS est un livre magistral.
écrit par Philip Roth et traduit de l'américain par Josée Kamoun.
La vie retracée de cet homme commence avec la mort. La mort qui aurait pu survenir maintes fois dans sa vie mais qui a su attendre son heure. Quintuple pontage, pose d'un défibrillateur, péritonite, bref un habitué des hopitaux.
Cet homme fragile mais résistant.. réussit sa carrière dans la publicité. Il adore les femmes mais comme les maladies, multiplie les expériences, trois mariages à son actif, le tout raté. Deux fils nés de la première union, antipathiques et une fille, Nancy, née plus tard, de son union avec la femme aimée, elle-même très aimante et complice
C'était une femme d'environ trente-cinq ans, au doux visage dont la joliesse toute simple rappelait celle de sa mère. [...]
A sa retraite, cet homme se prend d'amour pour la peinture. Pour combien de temps ? Il ne cessait de ressentir de l'amertume en pensant à son frère ainé, sain, jamais malade, plein d'entrain et à son ex-associé qui, à soixante-dix ans passé, n'avait rien perdu de sa vigueur et de son ardeur au travail, il était devenu consultant et voyageait beaucoup. Et puis cet homme, notre héros, s'est lassé de peindre. L'inspiration s'envola.
Enfin vint le moment de la septième hospitalisation. Guère réconfortant pour un homme qui venait, en l'espace d'un mois, assisté à deux enterrements ! Il ne put s'empecher de se demander à qui le tour.
Il entra un mercredi matin de bonne heure, pour se faire opérer de l'artère carotide droite. Le cérémonial avait été exactement le même que pour l'opération de la carotide gauche. Il attendit dans l'antichambre vitrée, avec tous les candidats à l'intervention, l'appel de son nom. Et dans sa chemise d'hopital impalpable, ses pantoufles en papier, il fut conduit par une infirmière en salle d'opération. Cette fois, quand l'anesthésiste masqué lui demanda s'il voulait une anesthésie locale ou générale, il demanda la générale, pour rendre cette intervention plus supportable que la précédente.[...]
[..] mais il ne se réveilla pas. Arrêt cardiaque. Il n'était plus. Affranchi de l'être, entré dans le nulle part, sans même en voir conscience. Comme il le craignait depuis le début.
IL FAUT SAVOIR PROFITER DE TOUTES LES HEURES DE LA VIE JUSQU'A LA DERNIERE.... (HB)
et il y en a.... des MARIE !!!
Marie et Jean sont mariés depuis six ans. Un couple sans histoire apparente. Seulement quand on enlève la première couche trompeuse, on s'aperçoit que Jean a des maitresses (on ne le dit pas) et Marie fait avec jusqu'à la rencontre d'un bel inconnu qui s'interesse à elle et ses désirs se réveillent, l'envie d'aventure.
Elle arrive à faire semblant. Elle ne se sent ni heureuse, ni malheureuse, le personnage de Marie est parfois inquiétant. Elle se libère peu à peu car elle vit à une époque où les usages priment sur le bien etre. Un parcours de femme à découvrir avec la légereté du contexte.
Gypsy = Tzigane ou Gitan selon les époques et les lieux
Que connaissons-nous des Tziganes ? Les réponses les plus connues sont :
Ce sont des voleurs
Ils préfèrent mendier plutôt que de travailler
Ils jouent de la musique
Ils ne pensent qu'à faire des gosses.
Column McCann, né à Dublin en 1965, vivant actuellement New-York, a eu le mérite de faire de nombreuses recherches à la bibliothèque de New-York pour écire une grande partie du roman
rebelle et farouche Tzigane qui nous fera connaître son univers curieux de la Seconde Guerre mondiale (période de son enfance) à 2003.
En Tchécoslovaquie entre 1930 et 1949 c'était l'époque de la montée du communisme, espoir pour les uns, et frayeur à cause de la chasse par les nazis aux juifs, aux tziganes ou gitans, à tous ceux qui ne correspondaient pas à leurs critères restreints de références.
J'aime bien le passage du grand-père de Zoli, ivrogne à ses heures mais espiègle et malicieux aux moments calmes
Un soir, Grand-Père, a rapporté un tapis qui représentait le visage d'un homme. Il l'a accroché à la paroi au-dessus du miroir à couteaux. C'était le portrait de quelqu'un avec un front haut, une barbe grise et un drôle de regard. Vladimir Lénine, a-t-il dit, mais ne le répète à personne, surtout pas aux soldats s'ils devaient arriver. Plus tard, la même semaine, il en a rapporté un autre - cette fois c'était la Vierge Marie. Il en a fait un rouleau bien serré qu'il a suspendu au-dessus de Lénine, de sorte que si un intrus venait dans la roulotte, Grand-Père coupait la ficelle avec un couteau, et aussitôt la Vierge Marie cachait le visage de Vladimir. Il trouvait ça tordant, parfois il coupait la ficelle rien que pour s'amuser.[..]
Pourchassés par les soldats, les Roms étaient interdis d'accès dans les endroits publics. Ils étaient accusés de propager des maladies contagieuses et on les jetait en prison ou bien ils étaient envoyés dans un camp de travail à débiter les troncs.
Les Roms formaient un univers de solidarités, d'amour face aux nombreuses barbaries qu'ils ont subies mais comme toute confrérie, malheur à toi si tu trahis. Les femmes n'apprennaient ni à lire ni à écrire à cette époque-là, elles avaient la charge des enfants (nombreux) et avant tout du bien-être familial.
Zoli se différenciait par ses dons particuliers pour le chant, la danse et la poésie orale. Remarquée pour sa voix chaude et unique, et voulant aider les siens, elle a préféré opter pour un chemin de vie ardu, cabossé, rocailleux prometteur dans ses rêves d'un avenir meilleur. Libre, différente, elle l'était puisque son Grand-Père en cachette lui avait enseigné les lettres. Cette liberté, ses errances, ses choix et sa forte volonté, feront qu'elle sera à la fois bannie des siens, de la communauté, et plus tard, bien plus tard, par être une légende.
Traduit de l'anglais par Jean-Luc PININGRE. Merci.
Le lecteur se posera sans doute la question : qu'y-a-t-il de changé aujourd'hui ? Qu'ils soient gitans, tziganes, roms, bohémiens.... ils sont mis en marge de la société et font l'objet de discrémination. Regards étranges portés sur eux, méfiance, parce qu'il ne vivent pas comme les autres, ils interpellent. On attend de la gitane qu'elle nous lise les lignes de la main, vaste fumisterie, ou qu'elle nous débite des mièvreries parce que c'est ce qui plaît au public, de la guimauve. Nous avons des clichés erronés, va-t-on les garder encore longtemps ?
FIN
c'est ce que j'ai ressenti. Une femme malheureuse depuis l'enfance avec la fuite de son père, le décès de son petit frère, sa mère dans l'attente d'un mari qui ne revient pas, l'homme qui partage sa vie à demi, sa propre fuite en Italie qui lui fera prendre conscience, de façon imagée, de sa solitude et de son manque d'attachement aux autres. Elle effleure, elle passe mais il y a un vide. Un vide que la musique et la villa Amalia, étrange et imparfaite mais dans un décor sublime, lui permettent de vivre avec des moments d'extase.
Extraits :
[...] C'était une femme singulière. Comme musicienne elle était connue sous le nom d'Ann Hidden. Elle avait été baptisée en Bretagne, dans la région catholique qui était celle de sa mère, sous le nom d'Eliane Hidelstein. Elle ne sortait jamais. Personne ne connaissait son visage - il est vrai que la musique contemporaine était si méprisée, au début d XXIe siècle, dans le monde entier, que tout ce qui composait de neuf sur terre était devenu à peu près sans visage. [...] C'était un caractère très étrange : extraordinairement passive. Presque contemplative. Mais cette apparence d'inertie contenait une activité propre. Elle était profondément calme, calme sans aucune sérénité, calme de façon inlassable, opiniâtre, à tout instant concentrée. Elle n'obéissait à personne mais commandait encore moins à qui que ce fût. Elle parlait peu. Elle menait une vie presque invisible, entourée de ses trois pianos, abritée par ses trois pianos, inamicale, presque reclue, laborieuse, parallèle.[...]
[..]Mais ce n'était plus un homme qu'elle aimait ainsi. C'était une maison qui l'appelait à la rejoindre. C'était une paroi de montagne où elle cherchait à s'accrocher. C'était un recoin d'herbes, de lumière, de lave, de feu interne, où elle désirait vivre. Quelque chose, aussi intense qu'immédiat, l'accueillait à chaque fois qu'elle arrivait sur le surplomb de lave. C'était comme un être indéfinissable, euphorisant, dont on ne sait par quel biais on se voit reconnue par lui, rassurée, comprise, entendue, appréciée, soutenue, aimée.
(merci à www.coxilanddu26.centerblog.net)



